Un jour, mes pleurs
…Même s’ils ne sont pas des violons
Te suffiront
Pour inonder la Terre…
Tu sais, salaud, parfois
J’entends encore ces violons
Me parvenir de loin
D’un autre là-bas inconnu
Trop éloigné, trop étranger
Trop imprégné de Toi
Pour que j’arrive
À t’oublier
Tu le connais, ce film ancien en noir et blanc
Ce son magique d’un cor fendu
Qui nous appelle parfois de loin
Et qui nous fait rêver…
Tu la connais,
Cette Terre, cette triste salle de cinéma
Avec ses personnages muets
Ses faux-sourires, ses faux-chagrins
Ses masques de joie et ses pantins
Qui nous attend pour nous voler
Nos langues, nos âmes et notre Tout
Ce soir, demain, un autre jour…
Et puis, ces spectateurs aveugles
Les yeux pleins de pop-corn
Et la tête bourrée de préjugés
Qui nous regardent de travers
Les hommes qui font la queue
Les femmes qui font la moue
Et les enfants… Qui ne connaissent point la liberté…
Tous ceux qui attendent… Le commencement, la fin… ? Qui sait
Ces cris des mouettes, ces couchers de soleil au bord de l’Inconnu
Entre lesquels s’étend
Toute la beauté et toute la tragédie
Du non-dit
Et puis un jour, du sang dans les seins
Du lait dans les veines
De l’absinthe dans le cul,
Je rentrerai à genoux, à quatre pattes
Ivre d’amour, malade de poésie
Pour ramasser des coquillages
Au bord sauvage de ta tendresse…
Alors… basta
À tous ces anges échus aux ailes coupés
Ces saints esprits vilains et corrompus
Cette fausseté, produit de la globalisation
Ces sourires bipolaires, ces regards ambivalents
Ces pleurs d’artifice qui sont les miens…
Tu sais, salaud, cette vielle Terre
Elle attendra encore, elle attendra
La chute du rideau, la fin du spectacle
Les soupirs des vieilles filles et les sanglots des sourds-muets
Car j’ai tant de raisons pour me boucher les oreilles
Et devenir sourde pour de bon
Tant de temps pour me brûler la cervelle
Tant de raisons pour ne pas être à toi
J’ai tant de raisons, tant de raisons…
Pourtant, tu sais…
…J’attends encore tes violons
